Lisibilité des partitions OrganScore

OrganScore on an organ desk

Lisibilité des partitions OrganScore

Lorsqu’ils travaillent une œuvre, les musiciens suivent un long processus de résolution de difficultés techniques et d’assimilation du texte musical. Ce travail s’appuie progressivement sur la mémorisation de tous ces éléments. Beaucoup finissent d’ailleurs par jouer de mémoire : c’est typiquement le cas des pianistes en récital.

Pour les organistes, il en va de même. Toutefois, en raison des caractéristiques propres à l’orgue et à son répertoire, ils jouent très souvent avec la partition sous les yeux.

La partition est donc un outil essentiel, non seulement pour le travail des œuvres, mais aussi pour leur exécution en public. C’est pourquoi j’ai souhaité que les partitions OrganScore soient pleinement adaptées à ces deux usages. Cela suppose un ensemble d’optimisations. L’élimination des problèmes de tourne de page en est une composante majeure, mais la recherche d’une lisibilité optimale en est une autre, tout aussi essentielle.

Avant d’entrer dans le détail, il convient de préciser que le logiciel utilisé est Finale (MakeMusic). C’est grâce aux possibilités quasi infinies de ce logiciel que j’ai pu optimiser à la fois les tournes et la lisibilité. Ce travail s’est appuyé principalement sur le réglage des paramètres suivants :

  • choix des polices musicales,
  • taille des portées et des notes,
  • épaisseur des lignes,
  • épaisseur et espacement des ligatures,
  • espacement horizontal des notes,
  • espacement vertical des portées et des systèmes,
  • répartition des voix entre les portées.

Il serait fastidieux — et d’un intérêt limité — de décrire l’ensemble des recherches et essais réalisés. Je me contenterai donc d’en présenter ici quelques aspects significatifs.

La police musicale

Les polices musicales numériques se sont multipliées avec le développement des logiciels de gravure musicale. Parmi cette grande diversité, certaines sont devenues des références (Maestro, Opus, Sonata, Petrucci, entre autres). La plupart sont bien proportionnées et offrent une bonne lisibilité.

Après de nombreux essais, notamment sur la taille et la forme des têtes de notes, mon choix s’est porté sur la police Maestro, fournie avec Finale. Ses proportions sont excellentes et les têtes de notes sont généreuses sans être lourdes. Associée à une épaisseur de lignes soigneusement choisie, elle procure un excellent confort de lecture.

L'une des plus anciennes éditions de l'œuvre d'orgue de Bach (BWV 544, Bach Gesellschaft Ausgabe), disponible seulement en scans de qualité médiocre ou en ré-impression.
Une des premières éditions de Bach (Bach Gesellschaft Ausgabe), disponible en scans ou en ré-impression, de qualité médiocre.
Exemple de gravure moderne (utilisant Finale et Maestro), avec un bon paramétrage (épaisseur des lignes, ligatures, espacement des notes).
Gravure moderne utilisée pour OganScore (utilisant la police Maestro), avec un bon paramétrage du logiciel Finale (épaisseur des lignes, ligatures, espacement des notes).

La taille des portées

Les partitions classiques pour orgue ou piano utilisent généralement une hauteur de portée comprise entre 6 mm et 7 mm. Dans la perspective de supprimer ou de minimiser les tournes, il était difficile d’utiliser la partie haute de cette plage. Je me suis donc situé dans un intervalle compris approximativement entre 6 mm et 6,5 mm.

À titre de comparaison, la célèbre édition de la Bach-Gesellschaft Ausgabe (BGA), disponible sous forme de scans sur IMSLP, présente une hauteur de portée d’environ 6 mm lorsqu’elle est imprimée en format A4 ou US-Letter.

Cette plage s’est révélée parfaitement suffisante pour assurer une excellente lisibilité. Celle-ci dépend en effet non seulement de la taille de la portée, mais aussi du choix judicieux d’autres paramètres (police, épaisseur des lignes, espacements, etc.) ainsi que de la qualité de l’impression laser. En pratique, une portée de 6 mm bien gravée peut être plus lisible qu’une portée de 7 mm issue d’une édition ancienne, où lignes épaisses, têtes de notes trop petites et ligatures mal proportionnées nuisent à la clarté du texte.

L’épaisseur des lignes

L’épaisseur des lignes — qu’il s’agisse des lignes de portée ou d’autres éléments graphiques — est un paramètre crucial. Les éditions traditionnelles présentent souvent des lignes épaisses, en grande partie à cause de l’impression offset, dont le principe implique une absorption de l’encre par le papier. L’impression laser permet au contraire d’obtenir des traits plus fins et plus précis.

Dans l’édition OrganScore, plusieurs principes ont été appliqués :

  • lignes de portées et hampes de notes : leur épaisseur est réduite au strict nécessaire pour rester parfaitement visibles, afin de faire ressortir têtes de notes et ligatures ;
  • ligatures : leur épaisseur et leur espacement vertical sont soigneusement équilibrés ; elles ne doivent jamais croiser les lignes de portées (optimisation rendue possible par Finale) ;
  • barres de mesure : légèrement plus épaisses que les lignes de portées, elles doivent rester nettes et bien définies.

Exemples

Voici quelques exemples permettant de juger du résultat obtenu avec Finale/Maestro, par comparaison avec des exemples d’édition anciennes.

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Exemple d'utilisation de Finale et Maestro (César Franck : Prélude, fugue et variation)
Exemple d’utilisation de Finale et Maestro (César Franck : Prélude, fugue et variation)

Autre exemple illustrant la gravure Finale/Maestro :

Exemple d'une édition traditionnelle (Bach BWV 658) - Les lignes et les ligatures sont épaisses, les ligatures sont mal espacées.
Edition traditionnelle (Bach BWV 658, Edition Peters, 1846) – Les lignes et les ligatures sont épaisses, les ligatures sont mal espacées.

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Espacement des notes

L’espacement horizontal des notes dans OrganScore respecte les principes traditionnels de la gravure musicale. L’espace minimal occupé par une valeur donnée (par exemple une noire) est égal à 1,618 fois (nombre d’or) l’espace occupé par une note de durée deux fois plus courte (croche). Il s’agit là d’une valeur minimale : en cas de superposition des voix, l’alignement vertical impose des rapports plus élevés.

Rapport des espaces occupés par des notes de différentes valeurs.
Rapport des espaces occupés par des notes de différentes valeurs.

Une fois cette règle établie, un espacement de base doit être défini pour une valeur de référence (généralement la noire). Cet espacement est choisi pour chaque pièce — et parfois pour chaque section — en fonction de sa nature musicale. Ce réglage constitue l’une des optimisations les plus importantes de la mise en page et doit respecter plusieurs contraintes :

  • être adapté aux durées utilisées (un espacement convenant à une mesure à 6/8 ne convient pas à une mesure à 3/2) ;
  • privilégier, lorsque cela est possible, des espacements relativement courts, favorisant la compréhension du texte et la réduction des tournes ;
  • éviter les variations désagréables d’un système à l’autre, qui nuisent à la lisibilité.

Le grand format OrganScore, associé si nécessaire à un retour à la ligne en milieu de mesure, permet d’équilibrer le nombre de mesures par système et d’éviter ces irrégularités.

Espacement de note variable d'un système à l'autre à cause du nombre de mesures (BGA) - le résultat, ne favorise pas la lisibilité et peut être évité avec un grand format.
Espacement de note variable d’un système à l’autre à cause du nombre de mesures (BGA) – le résultat, ne favorise pas la lisibilité et peut être évité avec un grand format.

Clés et armatures

Le choix des clés est un facteur important de lisibilité. L’édition OrganScore utilise exclusivement les clés de sol et de fa (aucune clé d’ut). En ce qui concerne les armatures, j’ai adopté le système tonal moderne, indépendamment des manuscrits originaux. Ainsi, les pièces en ré mineur comportent systématiquement un si bémol à la clé, celles en sol mineur deux bémols, etc. Une exception est faite uniquement lorsque le titre de la pièce indique explicitement un mode (dorien, phrygien, etc.).

Choix du papier

Le contraste maximal est obtenu avec un texte noir sur papier blanc. Toutefois, ce contraste peut s’avérer fatigant, le papier blanc devenant parfois éblouissant sous l’éclairage du pupitre. De nombreuses études sur la lisibilité montrent qu’un fond légèrement chaud améliore le confort de lecture (cf. article sur ce de ce sujet).

C’est pourquoi les partitions de qualité — tout comme les livres d’édition soignée — sont généralement imprimées sur papier crème ou ivoire. Le papier utilisé pour OrganScore présente donc les caractéristiques suivantes :

  • couleur ivoire,
  • léger satinage améliorant la netteté de l’impression,
  • grammage relativement élevé (120 g/m²) limitant la transparence et facilitant une tourne franche.

Conclusion

Il est difficile de résumer l’ensemble du travail d’optimisation effectué pour chaque œuvre et chaque volume OrganScore. La notion de « lisibilité » n’est ni scientifique ni strictement objective. Il a toutefois été possible de résoudre le problème des tournes de page sans sacrifier la lisibilité, en conservant une taille de portée comparable à celle des partitions classiques pour orgue ou piano. À titre d’exemple, la lisibilité des partitions OrganScore est supérieure à celle de la BGA (Bach-Gesellschaft Ausgabe).

J’utilise personnellement ces partitions depuis de nombreuses années, avec une grande satisfaction, et j’espère que bien d’autres organistes partageront cette expérience.

Exemples à imprimer

Certains organistes me demandent : « Vos partitions sont-elles bien lisibles ? », « Ne sont-elles pas écrites trop petit ? ». Si vous avez lu cet article, vous connaissez déjà la réponse : elles sont au moins aussi lisibles que les partitions classiques pour orgue — et souvent plus claires, grâce à un espacement équilibré et à l’impression laser.

Le meilleur moyen de s’en rendre compte est encore de les essayer. Vous trouverez ci-dessous plusieurs extraits au format PDF, à imprimer sur papier A4 ou US-Letter selon votre usage. Pour un rendu fidèle, veillez à régler l’option de mise à l’échelle sur « aucune » dans la fenêtre d’impression.

BWV-525-1-Extract-200×265-(Print-with-no-scaling).pdf
BWV-526-1-Extract-200×265-(Print-with-no-scaling).pdf
BWV-541-1-Extract-200×265-(Print-with-no-scaling).pdf
Boely-Extract-200×265-(Print-with-no-scaling).pdf
Boellmann-Toccata-Extract-200×265-(Print-with-no-scaling).pdf
Gigout-Toccata-Extract-200×265-(Print-with-no-scaling).pdf

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